J’ai partagé un repas avec mon père.

Rien d’extraordinaire en apparence : une table, deux assiettes, des silences, quelques mots échangés. Pourtant, ce soir tout semblait différent.

À 87 ans, son visage porte désormais le poids du temps et chaque geste paraît plus lent que le précédent, plus précieux.

Je me suis surpris à l’observer pour retenir des détails, le son de sa voix, sa façon de sourire. Cette présence familière qui m’a accompagné toute ma vie et dont la fragilité ne se mesure plus.

Et puis une pensée s’est imposée, discrète, mais impossible à chasser : et si c’était le dernier repas que nous partagions ensemble ?

Cette “pensée” à laisser une ombre douce sur la soirée.

Pas une peur. Pas un drame. Juste une tristesse silencieuse qui n’aît lorsque l’on comprend que certaines choses ne reviendront peut-être plus.

Je suis resté là, simplement. À côté de lui.

Reconnaissant pour ce repas ordinaire qui, ce soir, avait la valeur immense des instants que l’on ne peut ni retenir, ni refaire.

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Pourquoi certaines rues semblent-elles attendre qu’un regard les révèle ?